Un immeuble touché par une frappe russe à Kharkiv, en Ukraine, le 3 février 2026 ( AFP / SERGEY BOBOK )
La Russie a menacé mercredi de poursuivre les hostilités en Ukraine si Kiev n'acceptait pas ses conditions, au moment où un nouveau cycle de négociations en présence des Américains s'est ouvert à Abou Dhabi pour tenter de trouver une issue à quatre ans de guerre.
Après une journée de négociations, peu d'informations ont été rendues publiques. Une porte-parole ukrainienne, Diana Davitian, a indiqué en début de soirée que les discussions "se sont achevés pour aujourd'hui" et que d'autres sont prévues pour le lendemain.
L'invasion de l'Ukraine par la Russie, lancée en février 2022, le pire conflit armé sur le continent européen depuis la Deuxième guerre mondiale, a fait des dizaines voire des centaines de milliers de morts des deux côtés, ainsi que des millions de réfugiés ukrainiens.
Peu après l'ouverture des négociations, le Kremlin avait insisté de nouveau pour que l'Ukraine accepte ses demandes, renforçant les doutes sur les chances de succès de ces efforts diplomatiques, menés depuis des mois sous l'impulsion du président américain Donald Trump.
"Tant que le régime de Kiev n'aura pas pris la décision appropriée, l'opération militaire spéciale se poursuivra", a déclaré le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov, utilisant l'euphémisme en vigueur en Russie pour qualifier l'invasion de l'Ukraine.
Le porte-parole de la diplomatie ukrainienne, Gueorguiï Tykhy, a de son côté indiqué que Kiev attendait avant tout de ces réunions de "savoir ce que les Russes et les Américains veulent vraiment", précisant qu'elles portaient sur "des questions militaires et politico-militaires".
- "Miser sur la guerre" -
L'une des principales demandes de Moscou est que les forces ukrainiennes se retirent des zones sous leur contrôle dans la région orientale de Donetsk. Kiev se refuse jusqu'à présent à abandonner ces territoires, où sont situées ses principales défenses face aux assauts russes.
Ce discours intransigeant du Kremlin s'accompagne de la reprise mardi, après une brève pause obtenue sur demande de Donald Trump, de frappes massives russes sur l'Ukraine.
Cette attaque, qui a impliqué des centaines de drones et des dizaines de missiles, a visé des sites énergétiques et entraîné des nouvelles coupures de chauffage et d'électricité pour des centaines de milliers de foyers, par des températures frôlant les -20°C.
Et mercredi, un bombardement russe sur un marché dans la ville de Droujkivka, dans l'est de l'Ukraine, a fait au moins sept morts et 15 blessés, selon le gouverneur régional.
"L'attitude de Moscou n'a pas changé: ils continuent de miser sur la guerre et la destruction de l'Ukraine", a fustigé mardi le président ukrainien Volodymyr Zelensky, disant attendre la réaction de Washington.
Donald Trump a toutefois estimé que son homologue russe Vladimir Poutine avait "tenu parole" en arrêtant les frappes sur Kiev et les infrastructures énergétiques du dimanche 25 janvier au dimanche 1er février.
"C'est beaucoup, vous savez, une semaine, on prendra ce qu'on peut, parce qu'il fait vraiment, vraiment froid là-bas", a-t-il déclaré mardi.
Le dirigeant américain a toutefois lancé: "Je veux qu'il mette fin à la guerre" à l'adresse de M. Poutine, ajoutant qu'il "aimerait" aussi que Moscou prolonge son interruption des frappes.
- "Tout le monde en a assez" -
L'émissaire américain Steve Witkoff et le gendre de Donald Trump, Jared Kushner, participent aux négociations à Abou Dhabi.
Russes, Ukrainiens et Américains s'étaient déjà retrouvés aux Emirats arabes unis fin janvier pour de premières discussions, dont sont exclus les alliés européens de Kiev. De précédents pourparlers en Turquie en 2025 avaient donné peu de résultats tangibles.
L'ambassadrice de l'UE en Ukraine, Katarina Mathernova, a affirmé à l'AFP mercredi qu'il était "stratégiquement important pour l'Europe de participer à un moment donné aux négociations".
Les secours évacuent une victime après un bombardement russe à Kharkiv, le 3 février 2026 ( AFP / SERGEY BOBOK )
Malgré le ballet diplomatique, les Ukrainiens interrogés par l'AFP doutent qu'un accord puisse être conclu avec Moscou.
"Je pense que tout cela n'est qu'une mise en scène pour le public", estime Petro, un habitant de Kiev. "Nous devons nous préparer au pire et espérer le meilleur."
A Moscou en revanche, les Russes interrogés ont fait part de leur espoir de voir la guerre se terminer.
"Tout le monde espère, tout le monde est très optimiste quant à ces négociations", assure Larissa, une retraitée qui a de la famille en Ukraine et des proches au front.
"Cela doit finir un jour, tout le monde en a assez", abonde Anton, ingénieur de 43 ans, tandis que Dmitri, 44 ans, dit souhaiter que "les drones cessent de survoler nos têtes et que les gens cessent de mourir".

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